1 août 2016

4 jours en compagnie de David Suzuki - Jour 1, Halifax: sur les traces d’un géant

Suzuki en action - Halifax 2013. Crédits: @JPT
Ça serait mentir que de dire qu’il n’est pas un peu intimidant de suivre les pas (littéralement) de David Suzuki. Partout où il va il fait tourner les têtes, choque, provoque même, tout en suscitant l’admiration. Pourtant, il insiste toujours sur le fait qu’il n’est qu’un simple homme. Un homme aux allures d’un géant.

C’est en suivant les traces de ce géant que j’arrive à Halifax, tard en soirée, aux côtés de Suzuki ainsi qu’un collègue de travail. Nous sommes accueillis d’abord par une brise glaciale alors que l’hiver s’apprête à frapper à la porte d’entrée maritime du pays, avant d’être subséquemment accueillis par notre comparse et hôte de la tournée à venir. Bien qu’il ne reste que quelques heures à cette journée, nous profitons de ce dernier moment tranquille pour aller casser la croute et prendre un verre avant de nous lancer le tourbillon de conférences et d’entrevues médiatiques qui caractériseront les prochains jours. Ces pauses deviendront, au fil des jours, mes moments préférés : moments uniques et privilégiés de parler à l’homme-géant et d’en apprendre plus sur sa vie, ses combats et ses passions. Ma première leçon : même après des décennies de conférences portant sur le thème de l’environnement dont il maîtrise les grandes lignes, Suzuki rédige chacun de ses discours pour chaque évènement auquel il participe; tel un mécanisme parfaitement huilé, l’écriture fait partie de sa routine quotidienne…même à 80 ans!

Il est 8 heures tapantes lorsque nous nous retrouvons le lendemain matin pour une première série de rencontres avec le maire d’Halifax et plusieurs personnes influentes de la ville maritime qui nous honorent de leur présence – scène familière partout où Suzuki passe. Contrairement à ce que pourraient penser nombre de ses détracteurs, le Doc ne s’arrête jamais pour se prélasser lors de ses déplacements. Plutôt, il optimise le temps qui lui est imparti afin de rencontrer des influenceurs, échanger des idées avec des scientifiques ou appuyer d’autres groupes environnementaux ou Premières Nations dont les causes se rallient à ses propres valeurs. Si vous cherchiez qui se cache sous le déguisement du lapin « Energizer », ne cherchez plus! Suzuki l’incarne en personne!
Suite à ces rencontres, s’enchaîne une série d’entrevues médiatiques, de préparation logistique puis quelques autres mini-rencontres/conférences avant d’en arriver au clou de la journée, la première conférence qui donnera le coup d’envoi de notre tournée atlantique.

Derrière les rideaux de la scène qui donne sur un fabuleux amphithéâtre accueillant 800 personnes euphoriques à l’idée d’entendre parler David Suzuki, une ambiance mixte d’anticipation et d’excitation plane sur l’équipe – Suzuki quant à lui se recueille dans sa loge, révisant son discours qu’il ajustera jusqu’à la dernière minute au besoin. Quant à moi, c’est avec fébrilité et nervosité que j’attends le gong du départ; j’aurai à présenter le travail de la coalition environnementale dont je fais partie, avant de présenter l’homme de l’heure, puis d’animer un panel de discussion devant nos quelques 800 invités en toute dernière étape.

Dès que le nom de David Suzuki sort de ma bouche alors que je le présente, un vrombissement se fait entendre dans la salle…Suzuki n’a pas fait deux pas sur la scène qu’il est déjà accueilli par une foule de 800 personnes, debout pour l’applaudir. Il me faut quelques secondes pour me ressaisir et aller prendre mon siège dans l’amphithéâtre et me joindre aux admirateurs de Suzuki. Autre constat : presque partout où il passe et prend la parole, David Suzuki est accueilli telle une rock star, un géant plus grand que nature, parfois même tel un sauveur. Je n’oserai certainement pas employer le mot « prophète » car plusieurs y verraient là un soupçon d’aveu que Dr David Suzuki est le leader fourbe d’une secte environnementale qui cherche à détruire l’empire capitaliste. S’il jouit d’une popularité inébranlable, Suzuki n’est pourtant pas de ceux et celles qui se prennent pour le messie ou croient avoir la vérité infuse; il parle avec son cœur et son expérience de « vieillard », comme il le dit si souvent lors de ses allocutions. Et pour sa franchise et son courage, il a toute mon admiration…ainsi que celle de tous ces gens amassés dans cet amphithéâtre d’Halifax.

La soirée se déroule donc sans anicroche et se termine avec une autre ronde d’applaudissements. Bien qu’il soit déjà passé 10 heures du soir, David Suzuki ne semble pas montrer quelque signe de fatigue que ce soit. La seule chose qui pourrait trahir son air d’entrain est le rhume qu’il couve depuis quelques temps et qui semble persister, tout aussi tenace que le vieil homme. David et l’équipe de trois que nous sommes pour cette tournée prenons ainsi congé de nos hôtes qui nous ont aidé à co-organiser l’évènement et allons prendre une bouchée, question de décompresser. Pour ma part, je suis complètement épuisé: cette journée de rencontres, d’organisation logistique, d’entrevues médiatiques, puis de présentation/animation de discussion devant plus de 800 personnes m’aura suffit pour vider mes batteries. Or, il s’agit là du train-train quotidien de David Suzuki, 80 ans (faut-il le rappeler).

C’est en cassant la croûte avec lui que Suzuki m’avoue s’alimenter de toute cette énergie qui se dégage lors de ses rencontres et conférences; c’est ce qui lui permet d’avancer et de trouver la force de faire ce qu’il fait. Je soupçonne toutefois que malgré ce « transfert d’énergie » entre son audience et lui, comme par osmose, se trouve un homme qui est un véritable workaholic et qui est doté d’une soif de changer le monde qui va de pair avec sa rigueur professionnelle.

Demain, direction St-Jean de Terre-Neuve...et tout ce manège repartira de plus belle!

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