29 juillet 2016

4 jours en compagnie de David Suzuki - Préambule : Montréal - Halifax

Credit: @JPT
Suzuki - behind the scene. Crédit @JPT
Notre point de rencontre est à l’aéroport Pierre-Eliot Trudeau; destination : Halifax.

C’est là que s’amorcera une tournée de 4 jours dans les provinces de l’Atlantique. 4 jours pour parler et échanger avec le plus grand nombre de gens possible sur la question de l’impact des changements climatiques; impact qui se fait déjà ressentir dans ces régions.

Si les longs et stériles corridors des nombreux aéroports dont j’ai foulé le sol pouvaient parler, ils auraient sans doute bien peu de chose, sinon rien, à dire à mon sujet. Parmi la foule qui s’entremêle et se rue par ici, par là, je ne suis qu’une épingle dans la proverbiale motte de foin. À l’opposé, pour mon futur compagnon de vol, cette réalité est tout autre; les corridors des aéroports canadiens, ainsi que plusieurs autres terminaux internationaux, abritent sans doute encore les murmures qui sont devenus presqu’imperceptibles par mon acolyte, immunisé par ces scènes…« Est-ce bien qui je pense? » « Hé, regarde qui est là! ». C’est ainsi que les murs et corridors de YUL doivent encore garder l’écho du timbre de voix barytone qui fait la signature de David Suzuki alors que celui-ci me salue en m’apercevant.

La rencontre est cordiale et sympathique – David semble de bonne humeur malgré un rhume qui ne le quitte pas depuis quelques semaines (l’aléa des voyages fréquents). Même après plusieurs années passées à travailler pour la Fondation dont il est le co-créateur, il m’est difficile de réaliser que cet homme plus grand que nature fasse partie de mes connaissances personnelles.

Fin prêts pour l’embarquement, les hôtesses de l’air qui accueillent habituellement les passagers d’un ton poli mais froid reconnaissent aussitôt l’hôte de l’émission de vulgarisation scientifique la plus écoutée et la plus ancienne du réseau CBC[1], et soudain un véritable sourire émane de leur langage corporel. Plus encore, elles ne peuvent s’empêcher d’exprimer leur admiration envers l’animateur de The Nature of Things et de lui dire à quel point elles apprécient ce qu’il fait. Un scénario similaire se produit à l’intérieur de l’avion où la rumeur de la présence de David Suzuki à bord se répand telle une trainée de poudre. Même ma voisine de siège n’y échappe pas alors qu’elle me dit tout haut : « Quelle chance que de voyager avec une telle célébrité »!

Nul doute, David Suzuki est connu. Que notre opinion de lui soit bonne ou mauvaise, il n’en demeure pas moins que David Suzuki est un icône canadien…une célébrité, au dire de ma compagne de vol. Sans doute n’a-t-elle pas complètement tort puisque plusieurs sondages effectués au cours des dernières années le révèle comme étant un des Canadien les plus respectés et admirés au pays[2]. Il ne fait aucun doute non plus qu’un grand nombre d’admirateurs de Suzuki et de la Fondation qui porte son nom depuis plus de 25 ans sont sans doute d’ardents défenseurs de la cause environnementale qui lui tient tellement à cœur. Qu’à cela ne tienne, une autre partie des « admirateurs » de Suzuki n’y voit que la figure publique dont on parle régulièrement dans les médias. Alors que les médias sociaux foisonnent et que le « je-me-moi » est monnaie courante, faut-il vraiment s’étonner que plusieurs personnes accostent David Suzuki simplement afin de montrer au monde entier – ou du moins à leur sphère virtuelle –  qu’elles ont pu lui serrer la main au pire, ou même lui soutirer un selfie au mieux? Malheureusement, je crains que leur intérêt envers cet homme ne s’arrête qu’à cette poignée de main ou ce selfie obtenus à l’arrachée et que le message que Suzuki cherche à véhiculer depuis plus de 30 ans ne soit oublié dans les minutes qui suivent cette rencontre fortuite avec cet icône de la télévision canadienne.

« Les gens me perçoivent comme une célébrité. Ils pensent que j’ai la science infuse, alors que je ne fais que véhiculer le travail de recherche de toute une équipe – je suis un vecteur d’informations scientifiques. Mais le problème réel ne réside pas tant dans le fait que les gens pensent que je suis une célébrité puisque je suis fréquemment à la télévision ou à la radio, mais vient du fait que les gens se disent ‘Suzuki est là pour régler ces problèmes environnementaux, je peux donc continuer mon train-train quotidien en toute quiétude’ », me racontera plus tard Suzuki avec une pointe de déception.

Fort de trois décennies à véhiculer l'importance de la science dans notre société et la nécessité que l'Homme, avec tous ses défauts et ses forces, prenne pleinement conscience qu'il fait partie intégrante de la nature et qu'il est interdépendant de son environnement, Suzuki admet qu'il  de même que le mouvement environnemental – n'a pas su faire pécore le message dans l'ADN de ses groupies et de la population canadienne en général[3]. Cet énoncé, très critique et sans doute difficile à avaler pour plusieurs, révèle une partie de l'homme qu'est Suzuki: très exigeant envers lui-même...et sans doute tout autant envers ceux qui le suivent! 

1 commentaire:

Patrick Daoust a dit...

Très bien dit. Je me rappelle d'avoir écouté The Nature of Things durant mon enfance. Toujours fascinant. Mais c'est toujours difficile de mesurer l'impact d'un vulgarisateur et de sa longue tentative de changer la manière de vivre des gens. Pour ma part, son enseignement a contribué à mon implication.